3 Signes Clairs de Micro-Agressions Quotidiennes à Reconnaître

Lors du récent festival Arte « Et maintenant ? », le 18 octobre, Psychologies a animé une discussion enrichissante avec deux experts en santé mentale concernant le moyen de se protéger des agressions quotidiennes. Jérôme Palazzolo, psychiatre et auteur d’un guide sur la défense psychologique, et Mickaël Stora, psychologue et psychanalyste spécialisé dans les réseaux sociaux, ont partagé des conseils judicieux pour naviguer ces défis.

Jérôme Palazzolo et son approche de la défense psychologique

Jérôme Palazzolo : Mon intérêt pour ce sujet découle des témoignages de mes patients. Beaucoup d’entre eux commencent par exprimer leur douleur, souvent liée à un sentiment d’agression. Que ce soit au travail, en famille, dans les espaces publics, ou même à cause d’une surabondance d’informations, nous faisons face à des micro-agressions quotidiennes. Ce qui nous affecte réellement, ce sont les atteintes à nos valeurs. Une critique banale peut glisser sur nous, mais celle qui touche une conviction profonde entraînera une réaction, souvent excessive.

Reprendre le contrôle face à l’émotion

J.P. : La respiration est un outil efficace pour se stabiliser. J’enseigne la technique de la respiration carrée : inspirez pendant quatre secondes, retenez votre souffle quatre secondes, expirez quatre secondes, puis retenez à nouveau pendant quatre secondes. Quelques cycles suffisent pour relâcher la tension. Cela ouvre aussi la voie pour analyser l’autre : Que cherche-t-il ? Est-il dans la peur ? Analyser cette dynamique relationnelle est essentiel, car nous avons tendance à reproduire les comportements des autres via nos neurones miroirs. Comprendre cette dynamique constitue déjà une forme de protection.

Tous égaux devant l’agression ?

J.P. : La réponse est non. Chaque individu réagit à sa manière, influencé par son bagage personnel. La première étape pour se défendre est de bien se connaître : reconnaître ses forces et ses vulnérabilités. Par exemple, si vous êtes sensible aux personnalités transgressives, votre réaction face à une personne au comportement illimité diffèrera de celle d’une personne maladroite. Il est crucial d’observer les réactions internes déclenchées par une agression :

  • accélération du rythme cardiaque,
  • tension dans la mâchoire,
  • réduction du champ de vision…

Ces éléments sont des signaux d’alerte. Ignorer ces signaux peut mener à une réaction déséquilibrée.

Qu’en est-il des agressions en ligne ?

Mickaël Stora : La nature des agressions en ligne est tout autre. Les réseaux sociaux permettent une désinhibition totale ; c’est comme si l’on se trouvait dans un bar où les gens, un verre à la main, s’expriment librement. Les harceleurs ne sont pas nécessairement agressifs dans la vie réelle. Ils se sentent libérés des contraintes sociales, ce qui laisse place à une frustration profonde : un sentiment d’injustice, d’invisibilité, et une volonté de reprendre du pouvoir.

Comment se protéger des assauts numériques ?

M. : Malheureusement, il n’existe pas de solution unique. Parfois, la meilleure stratégie est de… se déconnecter. La respiration peut aider à répondre avec calme, mais lorsque quelque chose d’intime est attaqué – ses origines, son apparence ou son identité – l’impact émotionnel peut être puissant. Prendre du recul est crucial : « Cette personne ne me connaît pas. Pourquoi ses mots m’affectent-ils ? Que signifient-ils pour moi ? » Il est rare qu’un inconnu nous atteigne, mais c’est généralement la résonance avec des blessures passées qui nous touche.

Pourquoi certains commentaires nous touchent-ils si profondément ?

J.P. : Parce que la nature du conflit change. Plutôt que de débattre d’idées, les attaques deviennent personnelles : « Tout ce que tu fais est désastreux ». Les réseaux sociaux ne laissent place à aucune nuance : l’émotion domine. En thérapie, nous nous concentrons sur l’identification des pensées automatiques. Une situation engendre une émotion, qui, à son tour, provoque une réaction. L’objectif est d’interrompre ce cycle en introduisant des pensées alternatives, plus réfléchies.

Faire face à sa vulnérabilité

M. S : De nombreux patients ont des difficultés à s’affirmer, souvent parce qu’ils sont conditionnés à se soumettre à leur figure parentale. Grandir implique de retrouver son propre rôle dans sa vie et de déconstruire ces anciennes croyances : « Tu es bon », « Tu es mauvais ». En psychanalyse, le défi est d’aider chacun à s’affirmer, à embrasser sa propre liberté, qui peut parfois être effrayante.

Résister à l’agression des actualités

J.P. : En limitant la consommation d’informations continues. Nous sommes souvent bombardés d’images et de sons qui suractivent notre émotionnel, empêchant ainsi toute réflexion. Il est impératif de ralentir le rythme, d’introduire une période de réflexion avant de réagir.

M. : Beaucoup de gens se sentent attirés par des contenus angoissants, car l’angoisse peut agir comme un antidépresseur paradoxal. Mais se blesser davantage ne guérira pas une fragilité. Se libérer de ce flux est déjà un acte de protection.

A LIRE :

  • Petit traité de self-défense psychologique : Comment gérer l’agressivité – Jérôme Palazzolo – Odile Jacob
  • La santé mentale pour les nuls – Jérôme Palazzolo – First
  • Réseaux (a)sociaux ! – Michaël Stora – Larousse

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