Dans le dernier long-métrage de Yann Gozlan, Pierre Niney se glisse dans la peau de Mathieu Vasseur, un coach en développement personnel de renom. Grâce à des slogans accrocheurs, des promesses exagérées et une rhétorique énergique, Vasseur a bâti sa notoriété et attiré de nombreuses personnes dans son sillage. Exploitant des approximations scientifiques et, surtout, la vulnérabilité de ses adeptes, « Matt » évolue insidieusement d’un rôle de coach à celui de leader charismatique, voire de gourou.
Ce glissement du développement personnel vers les dérives sectaires, présenté sous forme de thriller psychologique dans le film, se rencontre fréquemment dans la réalité. Ce thème est également exploré dans Tout le monde a besoin d’un coach (Éditions Stock), un ouvrage de Thibaut Schepman. Dans son enquête, le journaliste s’immerge dans un programme de coaching et interroge des victimes. Entre extorsion, souffrances psychologiques, abus sexuels et dérives sectaires, il dévoile comment le coaching peut s’imposer dans nos vies et pourquoi personne n’est véritablement à l’abri.
L’essor du coaching
« Le coaching est devenu un phénomène omniprésent, explique un journaliste de Bon Pote. Bien que cette pratique ait des racines américaines, elle s’est véritablement ancrée en France depuis une dizaine ou vingtaine d’années. Au niveau mondial, le nombre de coachs a augmenté de 50 % ces dernières années. » Les coachs sont présents dans de nombreux secteurs, offrant des solutions tant dans le milieu professionnel que dans la sphère personnelle.
Dans l’imaginaire collectif, faire appel à un coach est souvent perçu comme une méthode pour progresser dans sa carrière, surmonter une épreuve ou gagner en bien-être. Toutefois, l’influence du coaching s’étend bien au-delà de la vie personnelle. « En France, plusieurs ministères et institutions publiques ont signé des contrats de coaching, parfois pour des sommes considérables », souligne Schepman.
Dans les grandes entreprises, le coaching gagne également du terrain, en particulier à travers des tests de personnalité destinés aux cadres. Cette tendance au coaching professionnel peut contribuer à la prolifération de certaines personnalités de ce milieu et des méthodes qui en émanent. « Cela illustre l’empreinte culturelle du coaching », estime le journaliste.
Le coach face aux vulnérabilités personnelles
« Tous les coachs ne sont pas des manipulateurs, mais pour un manipulateur, le coaching est un terrain d’exploitation idéal », déclare Thibaut Schepman, citant Elisabeth Feytit. Parmi les raisons qui rendent les personnes vulnérables aux excès du coaching, il mentionne les motifs qui poussent à faire appel à ce type de pratique. « Les personnes en quête de soutien se trouvent souvent face à un blocage ou un mal-être, indique-t-il. C’est problématique puisque le coaching devrait s’adresser à ceux qui se sentent bien et performants, désireux de renforcer leurs capacités. »
Personne ne consulterait un coach sportif avec une blessure pour courir plus vite. On se tourne d’abord vers un médecin, puis vers un kinésithérapeute pour se rétablir. Ce n’est qu’une fois en meilleure forme qu’on envisage de recourir à un coach pour maximiser ses performances. Cette logique s’applique également au coaching professionnel et personnel.
Quand un coach se présente comme la solution universelle à nos problèmes, en proposant de nouvelles façons de penser et des idéaux réconfortants, il peut nous placer dans une position de manipulation. « Les coachs véhiculent des croyances et tentent de nous apprendre à mieux penser », observe-t-il. Ils exploitent nos doutes et hésitations pour nous responsabiliser, rendant ainsi les clients coupables de leurs propres difficultés. C’est exactement pourquoi, dans divers contextes, les coachs aux intentions douteuses peuvent agir sans être démasqués.

