5 Signes de Stress liés à l’Actualité chez les Personnes Anxieuses

Les conflits en Ukraine et à Gaza, les enjeux liés au climat, l’émergence de courants extrêmes, la volatilité politique et le déséquilibre budgétaire… Relayées en boucle par les chaînes d’information et sur les réseaux sociaux, les nouvelles politiques génèrent une inquiétude grandissante.

Le concept de « politico-anxiété » a émergé aux États-Unis avec l’élection de Donald Trump en 2016. Il décrit une forme d’angoisse née d’un sentiment d’insécurité en lien avec la situation politique. Bien qu’il ne soit pas encore intégré dans les manuels universitaires, il peut se manifester par divers symptômes : insomnies, stress, colère, frustration, ou perte d’appétit.

Une sidération collective face à la confusion

Une enquête récente, « Stress in America », révèle que 77 % des Américains perçoivent l’avenir de leur pays comme une source majeure d’anxiété. En Europe, la dissolution inattendue de l’Assemblée nationale en juin 2024 a provoqué une sensation de vertige et d’incompréhension. Comme l’écrit l’essayiste Raphaël Llorca, cet événement a engendré un « état de sidération » comparable à celui ressenti face à l’annonce des confinements. Depuis lors, près de 40 % des Français se déclarent plus inquiets, et un tiers ressent une fatigue face à l’agitation politique. Certains gardent des souvenirs troublants de la gestion de la crise sanitaire liée au Covid.

Nina, 39 ans, se remémore : « L’allocution d’Emmanuel Macron, avec son “Nous sommes en guerre”, m’a particulièrement angoissée. Le confinement et les restrictions de déplacement ont eu un impact direct et déstabilisant sur nos vies. J’ai eu du mal à saisir la logique derrière ces décisions. »

Face aux crises actuelles—sanitaire, économique, géopolitique—, il est plus nécessaire que jamais de retrouver une stabilité politique. Le psychiatre Antoine Pelissolo, expert en anxiété et auteur de Vous êtes votre meilleur psy ! (Flammarion, 2017), analyse que les changements fréquents de gouvernement et le manque de ligne directrice créent un climat d’inquiétude. Ses patients lui parlent souvent des conséquences sur leur existence quotidienne : inquiétudes liées à l’inflation, crainte du licenciement et précarité. L’avenir s’assombrit lorsque les repères traditionnels disparaissent.

« Autrefois, nos familles transmettaient une culture politique et des valeurs idéologiques, constate le psychiatre. Aujourd’hui, nous nous informons souvent par des canaux moins fiables, ce qui brouille la compréhension politique. L’ère Macron a vu apparaître de nouveaux partis et des changements rapides dans le paysage politique, ce qui ajoute à la confusion. »

L’incapacité à se projeter dans l’avenir

Le flux quotidien d’informations souvent contradictoires peut rendre difficile le discernement. La philosophe Elsa Godart, dans son ouvrage La Politique de l’angoisse, comment résister au chaos dans la démocratie (First éditions, 2025), souligne comment la numérisation accélérée a modifié notre rapport à l’information. La surcharge numérique génère une forme de paralysie : les individus se sentent écrasés par les contradictions, incapables de trier ou d’évaluer, et donc de passer à l’action. Cette anxiété, alimentée par le numérique, obstrue la réflexion rationnelle et empêche une critique constructive. Beaucoup se sentent démunis face à ces enjeux complexes, d’autant plus qu’ils n’ont plus confiance dans leurs représentants politiques.

Le concept de politico-anxiété ne touche pas seulement ceux qui ont peur pour leur survie, mais aussi ceux qui n’ont plus la motivation d’agir, pensant que cela ne changera rien, précise le psychiatre Nicolas Neveux, auteur du site e-psychiatrie.fr et du livre L’Hypersensibilité chez l’adulte (Mardaga, 2024).

« Cela ressemble à un jeu dont les règles changent sans cesse, créant ainsi une sensation d’insécurité. Certaines personnes perçoivent les impôts comme confiscatoires et remettent en question l’importance de leurs efforts, se sentant dépossédées par le pays pour lequel elles ont tant travaillé. » Ce sentiment d’impuissance, théorisé par Martin Seligman sous le terme de « l’impuissance apprise », contribue à la souffrance et à la dépression collective.

Agir pour retrouver la confiance et donner du sens

Les professionnels de la santé mentale s’accordent à dire que l’action constitue le meilleur remède, même si changer le monde reste ambitieux. « Participer à l’aide aux réfugiés ukrainiens dans ma ville a été bénéfique pour mon moral, partage Émilie, 46 ans. À travers des actions concrètes, comme la collecte de dons ou l’assistance administrative, je me suis distanciée de l’angoisse que me causaient les atrocités de la guerre, en prenant davantage de contrôle sur ma réalité. » Nicolas Neveux guide ses patients pour évaluer la légitimité de leur anxiété et explorer des pistes d’action pour contrer leurs craintes politiques.

À condition de rester modérée, l’anxiété peut se transformer en véritable moteur pour adopter une attitude proactive, trouver des engagements significatifs et construire des relations enrichissantes.

« L’anxiété n’est pas intrinsèquement mauvaise, souligne Antoine Pelissolo. Elle nous aide à anticiper les problèmes et à nous en protéger. Cependant, il est vital de lâcher prise sur ce qui échappe à notre contrôle et de vivre dans le présent. »

Les jeunes semblent, en ce sens, montrer l’exemple. Bien que 70 % des 12-30 ans expriment des réserves sur les dirigeants politiques, 64 % croient fermement que leur génération a le pouvoir de provoquer un changement, notamment grâce à l’engagement associatif et à leur voix sur les réseaux sociaux.

S’informer de manière plus judicieuse

S’informer à des moments choisis, privilégier des sources fiables au lieu de se laisser submerger par des notifications alarmantes… Pour réduire l’anxiété, le renouvellement de notre approche de l’information est essentiel. Elsa Godart suggère que les gouvernements ont tout intérêt à susciter un climat de peur et d’urgence pour manipuler l’opinion publique.

Il est aussi crucial de ne pas se laisser piéger par les algorithmes des réseaux sociaux, qui peuvent enfermer dans des bulles d’information négatives. Reprendre le contrôle de sa vie et de sa manière de s’informer paraît être la clé pour naviguer plus sereinement dans cette atmosphère politique incertaine.

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