À 17 ans, elle devient championne olympique aux Jeux Olympiques de Paris 2024 aux barres asymétriques. Bien que cet exploit semble être l’aboutissement d’un parcours exceptionnel, Kaylia Nemour partage un ressenti différent : une lutte intérieure pour prendre conscience de sa réussite, une fatigue psychologique et un manque de motivation qui l’ont fait envisager l’abandon.
Dans l’émission 22h22 de Melty, Kaylia évoque son retour à l’entraînement après les jeux, en toute douceur, sans se mettre de pression : « À mon retour de vacances, j’ai pris mon temps. Je me suis dit que c’était l’année qui suivait et que j’allais voir comment ça se passerait. » Cependant, son retour s’est révélé plus compliqué qu’elle ne l’avait anticipé, tant physiquement que mentalement :
« Ce fut assez difficile car, côté physique, revenir à son entraînement est exigeant, et mentalement, c’était également éprouvant. »
Elle met un mot sur son état : « Je pense réellement avoir traversé un burn-out après les JO. Mon entraînement devenait de plus en plus difficile. » Il s’agit d’une fatigue au-delà du simple épuisement, un climat psychologique qui se dégrade.
La motivation s’évapore après le triomphe
Dans son récit, Kaylia fait état d’une rupture nette : « J’ai atteint un point où je ne me sentais réellement pas bien. Je n’avais plus du tout envie d’aller à l’entraînement. » Face à cette perte de rythme, elle s’interroge sur son avenir : « Que vais-je faire maintenant ? » De plus, elle ressent le poids de la pression : « Je ne veux plus être stressée, sous pression, uniquement pour participer à des compétitions. »
Elle se rappelle même de pensées qu’elle n’avait jamais envisagées auparavant : « J’ai songé à arrêter la gymnastique, une idée que je n’avais jamais osé aborder avec mes parents. »
“Le silence qui entoure la souffrance mentale dans le sport”
Kaylia aborde la question de la souffrance psychologique dans le monde du sport : « Lorsque l’on est au cœur de la compétition, en parler devient effrayant. » Elle évoque la confusion intérieure et le doute quant à sa légitimité à éprouver ce malaise : « On se dit que c’est peut-être notre faute, qu’on est peut-être folle, qu’on s’invente des problèmes. » Cependant, elle souligne l’importance du soutien familial durant cette période.
« Mes parents ont toujours été très à l’écoute. »
Elle insiste sur l’absence de suivi psychologique pour les sportifs de haut niveau : « Il devrait y avoir un accompagnement pour parler à quelqu’un d’extérieur. Parfois, on n’a pas envie de se confier à nos proches. »
Quand une médaille d’or ne dissipe pas le syndrome de l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur n’épargne pas les athlètes. Kaylia partage cette distorsion entre le succès extérieur et ses sentiments intérieurs : « Je ne réalisais pas pleinement ce que signifiait être championne olympique. »
Elle ressent une bizarre familiarité rendant son accomplissement moins grand que ce qu’elle avait imaginé : « Quand c’était moi qui étais sur le podium, cela ne pouvait pas être aussi énorme que ce que j’avais vu à la télévision. C’était comme si je n’étais pas vraiment légitime. » Elle explore ce déni : « Mon esprit disait : “Ce n’est pas possible, c’est un rêve.” » Avec le temps, elle commence à mesure son parcours : « Je prends conscience du chemin parcouru, avec ses joies et ses épreuves. »
Le corps, un « outil de performance »
Dans son récit, la santé mentale est intimement liée à la santé physique. Kaylia explique la rigueur de son entraînement : « Nous nous entraînons deux fois par jour, soit environ 30 heures par semaine. » Elle explique l’importance d’écouter son corps :
« Notre corps est notre principal outil de travail. Si on ne lui accorde pas l’attention nécessaire, on risque de ne plus pouvoir pratiquer notre sport. »
Elle souligne également l’importance de vivre avec la douleur qu’impose le sport. Au fil du temps, son rapport à son corps évolue : « En grandissant, je mûris, je sais désormais distinguer si je ressens de la fatigue, de l’ennui ou si j’ai véritablement mal. »
Face à la pression, Kaylia a appris à se défendre : « Je me suis éloignée des réseaux sociaux, conscient que cela me nuirait davantage que cela ne m’aiderait. J’ai donc choisi de me concentrer sur ma vie. » Après son burn-out, elle a jugé essentiel d’échanger : « J’ai parlé avec mes parents, suivi d’un changement décisif : changer d’environnement d’entraînement et d’entraîneur. » Ce changement lui a permis de retrouver le plaisir d’aller à la salle de gym et de garder à l’esprit une phrase clé : « Toujours se relever, peu importe les défis. »


