« Tout cela, c’est de ma faute et j’ai maintenu ce mensonge trop longtemps. » Voilà l’histoire intrigante et presque digne d’un film dramatique qui a circulé sur les réseaux sociaux : une jeune femme écossaise a réussi à convaincre son entourage qu’elle attendait un enfant en utilisant une poupée. Kira Cousins, âgée de 23 ans, a mené cette supercherie jusqu’à un point où elle a fait croire à une grossesse fictive.
La jeune Écossaise a trompé ses amis, sa famille et même son ex-compagnon en prétendant être enceinte, en simulant un accouchement et en jouant le rôle d’une nouvelle mère. Dans une série de publications sur Instagram, elle a avoué : « Je n’étais pas enceinte. Aucune vie ne grandissait en moi. J’ai fabriqué des faux documents d’échographies et prétendu que ma poupée était un vrai bébé. » C’est seulement quand sa mère a réalisé que Bonnie-Leigh, sa supposée petite-fille, n’était rien d’autre qu’un jouet que le mensonge a été découvert. Mais qu’est-ce qui a poussé Kira à agir de la sorte ?
« Une quête, peut-être inconsciente, de soi »
« Je suis consciente que c’est très grave, mais je ne savais pas comment mettre fin à cette situation une fois engagée », tente-t-elle d’expliquer. Kira évoque sur Instagram son incapacité à justifier son comportement, si ce n’est par une perte de repères, et fait référence à des traumatismes passés qui pourraient avoir influencé son attitude. Christian Richomme, psychanalyste, commente : « Derrière ce genre de simulacre, il y a souvent une volonté de guérison. »
Ce mensonge pourrait se révéler être un mécanisme de défense face à un vide émotionnel, une forme d’angoisse de l’abandon, permettant à la personne de « se sentir vue, valorisée, et d’exister ». « S’engager dans ce mensonge lui offre une identité : tant qu’elle embrassait le rôle de mère, elle se sentait ‘existante’, ‘valorisée’, ‘aimée’. Elle n’a pas voulu tromper, mais simplement trouver sa place », analyse-t-il.
Les raisons de la difficulté à stopper un mensonge
Dans le cas de Kira, sa tromperie a perduré plusieurs mois et a nécessité une multitude de stratagèmes, impliquant son cercle proche. Ce n’est que lorsqu’elle a été démasquée que la manipulation a pris fin. « Un mensonge peut devenir addictif. Plus on ment, plus on se perd dans l’imaginaire que l’on a tissé », déclare Christian Richomme. Avec le temps, la honte liée à ce mensonge compliquerait le retour à la réalité.
Chaque phase de ce faux récit lui a permis de maintenir l’attention et le soutien qu’elle recherchait désespérément. Ce « cercle vicieux émotionnel » se met alors en place ; la honte nourrit le mensonge, qui apporte un moment de soulagement, suivi encore une fois par la honte. « Elle est devenue capturée par son propre récit. Ce n’était plus un simple mensonge, mais une réalité alternative dans laquelle elle pouvait survivre », résume le psychanalyste.
Du petit mensonge à la mythomanie : un mince chemin ?
Chacun de nous a menti, à un moment ou un autre. Certains mensonges sont insignifiants et quotidiens. Mais comment différencier les menteurs ordinaires de ceux qui se laissent emporter par un flot de tromperies ? « Un mensonge total révèle souvent des fragilités narcissiques plus profondes », souligne le psychanalyste. Dans ces situations, il ne s’agit pas d’une stratégie, mais d’une forme d’évasion.
Un manque de reconnaissance durant l’enfance, une absence de regard parental, et un besoin profond d’attention peuvent catalyser cette dérive. « Grandir en se sentant insuffisant peut amener à créer une réalité alternative dans laquelle on devient enfin quelqu’un », poursuit-il.
Des récits sont forgés pour apaiser une douloureuse blessure narcissique : la sensation de ne pas être assez aimé ou reconnu dans le monde réel. Pour ces personnes, la fiction semble souvent plus supportable que la réalité.
Des troubles plus sérieux, comme le syndrome de Münchhausen, pourraient être en jeu. Il est donc essentiel de ne pas prendre ces comportements à la légère, car un accompagnement thérapeutique peut’aider à déceler l’origine de la blessure et faciliter la guérison. Sur Instagram, Kira Cousins a exprimé son intention de rechercher de l’aide. « On peut se rétablir d’un mensonge, mais redécouvrir une vie sans faux-semblant demande du temps », conclut Christian Richomme.

