« Je n’ai jamais souhaité provoquer un tel émoi », confie Jocelyne Guidez, sénatrice initiatrice d’un amendement concernant le budget de la sécurité sociale. Après avoir présenté cette proposition, la réaction de ses adversaires politiques a été bien plus vive que prévu. En effet, le Syndicat National des Psychologues (SNP) a lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 70 000 signatures.
Au cœur de cette controverse se trouve l’amendement 159. En évoquant un « contexte budgétaire restreint », cet amendement stipule qu’à partir du 1er janvier 2026, « les soins, actes et prestations liés à la psychanalyse ou basés sur des principes psychanalytiques ne bénéficieront plus de remboursement ni de participation de l’assurance maladie ». Ce texte, qui sera présenté prochainement en séance publique, vise à souligner le manque de reconnaissance scientifique des soins psychanalytiques pour traiter les troubles du neuro-développement, les troubles anxieux ou dépressifs, ainsi que les maladies psychiatriques chroniques. Face à cette initiative, la révolte s’intensifie.
« Aucune psychothérapie ne se démarque des autres »
En quelques phrases, l’amendement de Jocelyne Guidez justifie sa démarche de restreindre le remboursement aux thérapies dont l’« efficacité a été prouvée et évaluée ». La sénatrice évoque avoir été en contact avec des parents ayant « vécu des abus de thérapies psychanalytiques pour leurs enfants souffrant d’autisme ou de TDAH ». Elle affirme : « Ces abus sont indignes, c’est inacceptable. Recourir à la psychanalyse pour ces enfants est totalement inutile », a-t-elle déclaré à Public Sénat.
De son côté, le SNP déplore que cet amendement ait été élaboré « sans dialogue avec les praticiens ni compréhension des réalités cliniques ». D’autre part, l’argument selon lequel l’inefficacité de la psychanalyse serait fondé sur des preuves scientifiques est contesté par les praticiens. « De plus en plus d’études montrent que toutes les psychothérapies, lorsqu’elles sont menées sérieusement avec des encadrements appropriés, fonctionnent » explique le pédopsychiatre Pablo Votadoro.
Aucune psychothérapie ne se démarque fondamentalement. En tout cas, la psychanalyse et les psychothérapies qui en découlent sont tout aussi valables.
Autisme : une exception à considérer
Parmi les troubles mentionnés dans l’amendement figurent ceux du neurodéveloppement, y compris les troubles du spectre autistique. En excluant la psychanalyse des options thérapeutiques pour l’autisme, Pablo Votadoro perçoit un modèle qui perçoit « les enjeux psychiatriques des enfants uniquement sous l’angle de la rééducation, comme un handicap ». Il souligne l’importance de divers leviers pour fournir un encadrement adapté à chaque jeune.
Orthophonie, psychomotricité, aide sociale, soutien éducatif, aménagements scolaires… Le pédopsychiatre insiste sur le fait qu’il a de multiples compétences. « La psychanalyse fait partie de ces outils. C’est comme si on interdisait à un chirurgien d’utiliser un instrument précis pendant une opération », illustre le pédopsychiatre. Selon lui, la psychanalyse est essentielle pour en comprendre le développement au niveau émotionnel, des liens affectifs et des dynamiques familiales.
Ce n’est pas un outil exclusif. C’est un parmi d’autres. La psychanalyse est un artisanat, une sorte de savoir-faire.
Préserver la diversité des méthodes
Bien plus qu’une défense de la psychanalyse, le SNP souhaite surtout préserver « la diversité des méthodes » dans le domaine de la santé mentale, qui fait partie intégrante du travail des psychologues, permettant à chacun d’évaluer les approches à adopter. La standardisation des soins soulève également des inquiétudes chez l’association M3P :
En limitant le remboursement aux seules approches validées selon une définition étroite de la preuve, cet amendement présente un risque sérieux : réduire la prise en charge psychique à un seul protocole, alors que chaque individu a besoin de voies multiples pour s’exprimer, réfléchir et évoluer, écrit-elle dans un communiqué.
D’ailleurs, Aurore Bazin, membre du bureau national du SNP, a rappelé à Public Sénat que les réactions à l’amendement de la sénatrice ne visent pas uniquement à défendre la psychanalyse, mais la psychologie dans sa globalité. « La complexité de la psyché humaine, l’unicité des individus et la diversité des situations cliniques rendent impossible l’homogénéisation des méthodes », souligne le SNP.

