« Je vous certifie que je ne suis pas folle. » À l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage, Encore mieux, Lena Mahfouf, connue sous le nom de Lena Situations, a évoqué une histoire étonnante concernant sa manière de penser. Lors d’une interview, elle a été interrogée sur une figure nommée « Franck », avec qui elle échange régulièrement depuis de nombreuses années.
« Franck est une création de mon esprit, il n’est pas réel, c’est un ami imaginaire, explique-t-elle. Dans mon imagination, il ressemble au majordome de “Une Nounou d’enfer” : un vieil homme très soigné avec des gants blancs. » Avant d’approfondir sa relation avec Franck, Lena se sent le besoin de préciser qu’elle n’est pas « folle ». « C’est un personnage que j’ai inventé lors d’une période où je cachais mes rêves et ambitions, sans personne pour en discuter. Ce n’était pas un simple ami imaginaire, mais plutôt une sorte d’agent ou d’accompagnateur imaginatif », précise-t-elle. Mais alors, à quel moment peut-on considérer qu’entendre des voix devient problématique ?
La voix intérieure : un ami imaginaire bienveillant
Bien qu’il existe des symptômes inquiétants pouvant affecter la santé mentale, entendre des voix en fait partie. Toutefois, il est crucial de bien saisir ce phénomène. Souvent, nous rattacher l’audition de voix au diagnostic de schizophrénie. Les symptômes les plus notables incluent effectivement des hallucinations auditives et visuelles.
Néanmoins, avoir une conversation intérieure, ou même extérieure, avec un personnage que l’on a conscience d’avoir créé ne se compare pas aux hallucinations. Cela rappelle plutôt les amis imaginaires de l’enfance, construits pour éloigner des pensées ou émotions délicates.
« Dans la vie psychologique ordinaire, lorsque nous dialoguons intérieurement ou prêtons attention à notre conscience, nous percevons l’interlocuteur comme une partie de nous-même, déclare Michael Garrett, médecin et professeur en psychiatrie, dans Psychology Today. En revanche, lors d’une psychose, la voix entendue ne semble pas faire partie de soi, mais plutôt provenir d’une entité extérieure, au-delà des frontières psychologiques du soi. » La distinction majeure réside dans la façon dont ces voix sont perçues. Les hallucinations, qu’elles soient auditives, sonores ou vocales, semblent d’une réalité indéniable.
S’entendre penser ou ne pas s’entendre penser
Au-delà des idées reçues sur le fait qu’entendre une voix autre que la sienne soit synonyme de maladie mentale, cette expérience suscite également l’inquiétude chez ceux qui, eux, ne s’entendent même pas. Tandis que certains réalisent un monologue mental constant, d’autres bénéficient d’un sommeil mental complet.
Selon les études du professeur de psychologie Russell Hurlburt, l’audition d’une voix intérieure se produit environ 25 % du temps. « Certaines personnes ne pensent jamais, d’autres le font continuellement, et beaucoup d’entre elles pensent de temps en temps », avait-il partagé au Guardian. Il est donc difficile pour chacun de concevoir le processus de réflexion de l’autre groupe. En résumé, certains entendent des mots dans leur tête, tandis que d’autres ont une pensée plus visuelle.
Quelle que soit votre situation, il n’existe en réalité pas de « normalité » définie. Une étude menée en 2019 avait laissé entendre un lien entre la maturation des circuits cérébraux et l’émergence de la pensée intérieure chez l’enfant. Cependant, la recherche ne parvient pas à expliquer clairement pourquoi nous appartenons à l’un ou l’autre groupe. Ainsi, que vous ayez un monologue intérieur ou non, cela ne signifie probablement pas que vous êtes « fou ».

