Fléau Psychologique à Séoul : 3.000 Décès Annuels d’un Ennemi Invisible

Actuellement, près de la moitié des foyers à Séoul, la capitale de la Corée du Sud, est occupée par une personne seule. Parmi ces individus, Cette statistique a suscité l’inquiétude des autorités locales, qui considèrent désormais la solitude comme un problème de santé publique. Un reportage réalisé par Chloé Borgnon et Junwon Bae pour France 24 décrit ce phénomène comme une « épidémie de solitude », le qualifiant d' »ennemi sans visage ».

Dans une métropole géante où l’on dîne seul

À Séoul, il est fréquent de vivre en solo, particulièrement chez les jeunes professionnels et les seniors. Cependant, derrière ce choix d’indépendance, de nombreuses personnes ressentent un isolement grandissant.

Pour combler ce manque de présence, certains se tournent vers le monde numérique. Les vidéos de mukbang, très en vogue en Corée du Sud, en sont un parfait exemple. Dans ces vidéos, des animateurs mangent tout en interagissant avec leurs spectateurs, partageant ainsi une expérience culinaire collective. Pour bon nombre de ceux qui se sentent seuls, ces contenus créent une connexion primordiale : celle de ne pas partager un repas dans l’isolement total.

Des « supérettes du cœur » pour favoriser les rencontres

Face à cette montée de la solitude, Séoul a décidé d’agir. Des espaces appelés “supérettes du cœur” sont instaurés pour donner aux habitants la possibilité de se retrouver, de discuter, de lire ou de passer du temps ensemble. Dans une culture où les interactions sociales sont souvent rigides et formelles, ces lieux offrent des opportunités d’échange plus naturelles et accessibles.

Le succès de ces initiatives est tel que 21 nouveaux centres sont prévus d’ici 2027. L’objectif est clair : créer des points de rencontre dans une métropole où, malgré la présence de nombreuses personnes, beaucoup se sentent profondément seuls.

Plus de 3 000 décès en solitaire chaque année

Ce phénomène est particulièrement alarmant chez les personnes âgées. À Séoul, plus de 3 000 « décès solitaires » sont enregistrés chaque année. Cela concerne des individus retrouvés inanimés chez eux plusieurs jours, voire des semaines, après leur décès, sans que personne ne s’en rende compte.

Avec le vieillissement croissant de la population en Corée du Sud, ce phénomène est en constante augmentation. De plus en plus, les jeunes quittent le foyer familial plus tôt, laissant de nombreux seniors confrontés à l’isolement. Pour contrer cette crise silencieuse, la mairie de Séoul a annoncé un investissement de 280 millions d’euros sur cinq ans. Ce budget est destiné à financer des lignes d’écoute disponibles 24h/24 et à développer des programmes pour renforcer le tissu social.

Chez les jeunes : nouvelles manières de se retrouver

La solitude n’est pas réservée qu’aux séniors. Une partie importante des jeunes Coréens exprime également un sentiment d’isolement, malgré leur vie ultra-connectée. Sur les réseaux sociaux et diverses applications, les utilisateurs organisent des activités évoquant des jeux d’enfance : grandes parties de cache-cache, jeux du chat ou rassemblements dans les parcs. Parfois, plus de 50 personnes se rassemblent juste pour sortir, rencontrer d’autres individus et profiter d’un moment convivial loin des écrans. Ces initiatives illustrent bien une réalité : même dans une société hyperconnectée, le besoin d’interactions humaines demeure primordial.

À Séoul, la solitude ne ressemble pas toujours à ce qu’on pourrait penser. Elle peut surgir au milieu d’une foule, dans un appartement moderne ou derrière un écran allumé toute la nuit. La capitale sud-coréenne illustre un phénomène partagé par de nombreuses métropoles : plus la société évolue vers une connexion exacerbée, plus certains individus ont des difficultés à établir des relations durables. En filigrane de ces chiffres, une vérité émerge : nous avons besoin les uns des autres bien plus que nous ne l’imaginons.

Sources

  • Un ennemi sans visage : Séoul face à l’épidémie de solitude, France24, 18 mai 2026.

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