Crash d’avion près de Nancy : le trauma des témoins décrypté par la psychologue Claire Petin

« De nombreuses personnes souffrent psychologiquement. » Lors du tragique accident d’un avion de tourisme à Tomblaine, près de Nancy, le 28 juin, toutes les onze personnes à bord ont perdu la vie. Parmi eux se trouvaient des infirmiers et infirmières qui participaient à un baptême de parachutisme avec leurs moniteurs. L’avion a chuté peu après son décollage, s’écrasant près d’une zone résidentielle. Bien que le maire de Nancy, Mathieu Klein, ait confirmé qu’il n’y avait pas eu de victimes physiques parmi les habitants, plusieurs proches des défunts – présents pour le baptême – ont ressenti un choc psychologique fort.

Le Dauphiné Libéré. Une intervention rapide est essentielle pour ces proches exposés à un « événement potentiellement traumatique majeur », selon la psychologue Claire Petin.

Il est impératif que la prise en charge médico-psychologique soit précoce et durable.

« Dans l’immédiat, le but est de fournir une aide humaine, d’évaluer le bien-être psychologique et d’identifier ceux qui éprouvent une détresse significative. C’est la mission des cellules d’urgence médico-psychologique, qui se déploient lors de catastrophes ou de situations traumatisantes collectives », précise-t-elle. Ces équipes offrent un cadre de soutien, répondent aux besoins immédiats et renseignent sur les réactions possibles après un traumatisme.

« Au fil des semaines, certaines personnes nécessiteront un encadrement psychologique plus spécifique pour prévenir ou traiter d’éventuels troubles liés au stress post-traumatique », prévient la psychologue. Dans ce tipo de contexte, il faut accompagner non seulement un deuil brutal, mais également l’impact traumatique d’avoir été témoin de l’incident. Ces deux aspects peuvent s’amplifier mutuellement, justifiant parfois un suivi adapté. Alors que le choc du décès et de l’accident est immédiatement perceptible, les conséquences plus subtiles du traumatisme peuvent souvent passer inaperçues.

Les traces d’un traumatisme

« À la suite d’une tragédie telle que celle-ci, le besoin de comprendre se fait sentir chez de nombreuses personnes », confie la psychologue. Cette quête de sens n’implique pas nécessairement un déni ou une difficulté à accepter la perte, mais est une réaction normale, rassure Claire Petin. Après la stupéfaction, l’incompréhension et le sentiment d’impuissance face à l’événement, tenter de comprendre les circonstances et le déroulement peut aider à diminuer « l’incertitude et les pensées obsédantes », même si cela ne supprime pas immédiatement la douleur.

Un manque d’explication peut plonger les proches dans un cycle d’attente, de questionnements incessants et d’incompréhension, compliquant ainsi l’intégration psychologique de la perte.

Par la suite, certaines personnes peuvent aussi éprouver de la culpabilité, et ce même sans aucune responsabilité dans l’incident. « Elles pourraient se demander si elles auraient pu agir pour prévenir ce drame, si elles auraient dû empêcher ce départ ou ressentir un sentiment de culpabilité en tant que témoins », explique la psychologue. Ce sentiment de culpabilité est souvent une réponse à un besoin de retrouver un semblant de contrôle ou de cause face à un événement violent et incompréhensible. Des pensées telles que « Pourquoi n’ai-je rien pu faire ? » ou « Est-ce que j’aurais pu empêcher cette activité ? » peuvent ainsi émerger.

Enfin, les séquelles psychologiques d’un traumatisme peuvent persister longtemps. Parmi les symptômes possibles, on retrouve des reviviscences de la scène, des cauchemars, une hypervigilance, des troubles du sommeil, de l’alimentation, des problèmes de concentration ou un évitement de tout ce qui renvoie au drame.

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