En juin 2014, Laetitia, résidente en Sarthe, se soumet à une opération des amygdales et se réveille avec un accent anglais. Cet événement pour le moins inattendu est dû à un trouble rare connu sous le nom de syndrome de l’accent étranger. Aujourd’hui, 11 ans plus tard, Laetitia, âgée de 47 ans, partage son parcours avec le journal local Le Petit Courrier.
« À mon réveil, j’ai remarqué cet accent bizarre. J’ai rencontré le chirurgien immédiatement après l’opération, mais il n’a pas évoqué le moindre problème, alors je n’ai pas jugé nécessaire de m’inquiéter », relate Laetitia.
Malgré plusieurs consultations de suivi, cet accent particulier ne l’a jamais abandonnée. « Lors de l’examen, tout semblait en ordre. Je ne sais pas comment vous expliquer cela, vous êtes un mystère pour nous », lui avait déclaré son médecin trois mois après l’intervention.
Un choc pour le cercle familial
« Le véritable choc a été ressenti par ma famille, qui vit ailleurs. Lors de notre conversation téléphonique, ils croyaient à une blague », explique Laetitia. Elle a consulté de nombreux spécialistes, y compris des orthophonistes et des ORL, qui lui ont tous affirmé qu’ils ne pouvaient pas l’aider.
À présent, Laetitia a adapté sa vie à son accent anglophone, au point de souvent entendre « sa voix d’avant » dans son esprit. « C’est désormais une partie intégrante de moi », ajoute-t-elle. Bien que cette situation puisse sembler amusante, le syndrome de l’accent étranger est une affection sérieuse résultant d’une lésion cérébrale, souvent après un AVC. Environ 50 cas similaires seraient documentés à l’échelle mondiale.
Une lésion d’une région cérébrale spécifique
Selon les chercheurs du département des sciences du langage de la City University London, « le syndrome de l’accent étranger se manifeste par un trouble motrice de la parole dans lequel le patient développe un accent notablement différent de celui qu’il avait auparavant ».
La première observation de ce phénomène remonte à 1907, grâce au neurologue français Pierre Marie, qui avait rapporté qu’une femme parisienne avait adopté un accent alsacien après un AVC touchant l’hémisphère gauche. Depuis cette première observation, de nombreux cas similaires ont été documentés. Pour Laetitia, la possibilité d’une lésion cérébrale survenue lors de l’anesthésie, affectant une zone responsable de l’articulation, a été envisagée.
Conséquences psychologiques du syndrome
Bien que rare, ce syndrome peut engendrer des répercussions psychologiques significatives, met en garde la psychologue Claire Petin. Parmi les conséquences, elle souligne l’incompréhension de l’entourage, des difficultés à obtenir un diagnostic, un inconfort entre son accent et son identité, ainsi que la crainte de ne pas être compris. « Tous ces éléments peuvent entraîner anxiété, isolement et parfois dépression », affirme Claire Petin.
« Un traitement médicamenteux peut être proposé en cas d’anxiété ou de troubles de l’humeur associés », précise Claire Petin.
« La prise en charge varie selon la cause, mais elle est souvent multidisciplinaire. Si une atteinte neurologique est constatée (comme un AVC, un traumatisme crânien, etc.), un suivi médical est impératif », ajoute la psychologue. L’orthophonie peut aider à retrouver un schéma de parole plus familier, tandis qu’un soutien psychologique peut renforcer l’estime de soi et faire face aux préjugés. Un traitement médicamenteux peut être envisagé pour gérer l’anxiété ou les troubles de l’humeur associés. Chaque cas étant unique, l’approche doit être personnalisée.
Sources :
- Claire Petin, psychologue clinicienne ;
- Journal of Neurolinguistics, Volume 23, Neurogenic foreign accent syndrome: Articulatory setting, segments and prosody in a Dutch speaker ; https://doi.org/10.1016/j.jneuroling.2010.05.004 ;
- Vidéo Instagram Le Petit Courrier ;

