Un matin, en ouvrant Twitter, vous remarquez que le hashtag #Hantavirus se classe parmi les tweets les plus populaires. Vous n’avez pas toutes les informations, mais le terme évoque déjà des images de virus, de pandémies passées, et de confinements qui pourraient revenir. Une partie de vous souhaite fermer l’application, tandis qu’une autre ressent l’irrépressible besoin de cliquer. Ce tiraillé entre curiosité et inquiétude est devenu courant, surtout à l’ère des épidémies, des conflits et des événements climatiques qui défilent sur les réseaux sociaux. On évoque de plus en plus le doomscrolling, ou « défilement catastrophiste », cette habitude de faire défiler sans relâche des nouvelles désastreuses. Pourquoi notre esprit semble-t-il se tourner vers ce qui l’angoisse le plus ?
Le hashtag #Hantavirus, un appel à la vigilance sur Twitter
Face à un hashtag énigmatique comme #Hantavirus, le réflexe est souvent immédiat : cliquer, déambuler à travers les fils de discussion, parcourir des témoignages alarmants, examiner les cartes, les statistiques, et les rumeurs. Nombreux sont ceux qui partagent un sentiment similaire : « Je sais que ça va m’affecter, mais j’ai besoin de savoir. » L’idée de rester dans l’ignorance semble plus anxiogène que d’être confronté à la réalité, même si celle-ci est troublante.
Ce réflexe repose sur un mécanisme de survie ancien : le biais de négativité, qui pousse le cerveau à accorder davantage d’importance aux informations négatives qu’à celles positives. Dans notre passé, détecter le moindre indice de danger augmentait les chances de survie. Déjà en 1938, la diffusion de La Guerre des Mondes par Orson Welles avait, selon la légende, provoqué une vague de panique chez certains auditeurs persuadés d’assister à une véritable invasion. Aujourd’hui, Twitter fonctionne comme une « Guerre des Mondes » permanente, mais avec une nuance : la peur potentielle est à portée de main, accessible à tout instant.
Le doomscrolling : un cycle de nouvelles alarmantes
Les chercheurs définissent le doomscrolling comme une consommation excessive et compulsive de nouvelles sinistres, principalement sur les réseaux sociaux, engendrant une montée de l’anxiété, du stress, et parfois des symptômes dépressifs. Chaque alerte alarmante active l’amygdale, centre de la peur dans notre cerveau. Ainsi, un fil de discussion sur un virus apparemment nouveau déclenche des réactions similaires à celles provoquées par un bruit étrange au milieu de la nuit.
Paradoxalement, le fait de lire ces nouvelles tout en étant confortablement installé chez soi active également le circuit de la récompense. Le cerveau libère de la dopamine, engendrant une sensation de soulagement et un sentiment d’avoir « survécu » symboliquement par l’information. Ce comportement semble rationnel… du moins en surface, car l’angoisse refait surface dès que de nouveaux éléments troublants apparaissent. On se retrouve alors piégé dans un cercle vicieux, cherchant la prochaine information qui, espérons-le, apportera enfin un apaisement. C’est cette boucle de peur-soulagement-peur qui crée une véritable addiction aux nouvelles inquiétantes.

