En fonction de nos horaires, de nos rythmes quotidiens et de nos choix personnels, chacun d’entre nous passe, à divers degrés, des moments en solitaire. Pour certains, ces instants de solitude peuvent être source d’inconfort, incitant à chercher frénétiquement à les occuper.
La manière dont on ressent la solitude varie d’une personne à l’autre. Une étude parue en décembre 2023 dans le Journal of Research in Personality a démontré qu’il n’existe pas de lien direct entre la durée de temps passé seul et le sentiment de solitude. Les individus se sentant isolés se répartissent en deux groupes : ceux qui passent peu de temps seuls et ceux qui restent souvent éloignés des autres. Cependant, il est possible d’apprendre à mieux gérer ces moments d’isolement, grâce à certaines stratégies.
Modifier sa perception par le langage
Dans un article récent publié dans la revue Cognition and Emotion, Micaela Rodriguez et Scott W. Campbell ont examiné comment les choix de mots liés à la solitude peuvent influencer notre manière de la percevoir et nos réactions émotionnelles. Des recherches antérieures avaient déjà abordé l’importance du langage pour atténuer les émotions négatives lors de situations stressantes ou pour influencer les comportements des consommateurs.
Pour explorer cette question, les chercheurs ont conduit deux études distinctes. La première impliquait 1 500 adultes américains, chacun d’eux étant assigné au hasard pour évaluer l’un des cinq termes décrivant le temps de solitude : temps pour soi, temps seul, solitude, être seul ou isolement. Ils ont jugé le caractère positif ou négatif de chaque expression, son effet sur leur bien-être, ainsi que leur préférence pour ce type de solitude. Dans la seconde étude, 145 étudiants de premier cycle ont été invités à passer 30 minutes seuls dans un endroit de leur choix. Certains ont reçu l’étiquette d’isolement, tandis que d’autres avaient celle de temps pour soi. Avant cette session, ils ont complété un questionnaire sur leurs croyances relatives à la solitude, à l’isolement, ainsi qu’à leur estime de soi et à leur réseau de soutien. Au cours de cette période, ils ont évité les interactions sociales, mais ont pu se livrer à des activités comme la lecture ou l’écriture. À l’issue de ce moment de solitude, ils ont analysé leurs émotions, partagé leurs pensées et leurs comportements, et révisé leur perception de la solitude.
Apprécier la solitude
Les résultats de la première étude ont montré que chaque terminologie utilisée pour désigner le temps en solitaire suscitait des perceptions distinctes. En particulier, le terme « temps pour soi » a été unanimement associé à des connotations positives, notamment en ce qui concerne ses effets bénéfiques sur le bien-être. Les participants l’ont relié à la détente, le soin personnel et le plaisir. En revanche, le mot isolement était essentiellement perçu de manière négative, renvoyant à des sentiments d’exclusion sociale et de solitude.
Dans la seconde expérience, les individus qui ont passé 30 minutes seuls, mis au courant qu’il s’agissait de leur « temps pour eux », ont signalé une hausse de leurs émotions positives. À l’inverse, ceux qui avaient été informés qu’ils entraient en « isolement » ont observé une baisse de leurs sentiments positifs. Enfin, à l’issue de l’expérience, leur perception du temps passé seul s’est révélée globalement plus favorable.

