En Corée du Sud, la question du suicide est une réalité persistante. Selon les statistiques fournies par l’OCDE en 2020, le pays enregistre un taux alarmant de 24 suicides pour 100 000 habitants, tandis qu’en France, ce chiffre se situe à 12,8. Ce qui suscite maintenant une grande préoccupation chez les autorités, c’est la montée des suicides chez les enfants, atteignant près de 10 pour 100 000. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui enregistré en France, selon des informations de franceinfo. Malheureusement, le suicide est devenu la première cause de décès chez les jeunes en milieu scolaire, poussant le gouvernement à élaborer un vaste programme de prévention.
L’intelligence artificielle au service de la prévention
Les objectifs du gouvernement sont bien définis : réduire de 50 % le taux de suicide chez les adolescents d’ici dix ans. Pour cela, des actions concrètes seront mises en place pour améliorer la détection des signes de détresse et renforcer la prévention. Grâce à l’intelligence artificielle, l’accent sera porté sur les contenus publiés en ligne, ciblant à la fois les messages incitatifs au suicide et les signes révélateurs d’une détresse psychologique.
L’IA sera chargée d’identifier les publications sur les réseaux sociaux susceptibles de promouvoir des idées suicidaires, en dépassant les mots et expressions habituellement surveillés par les modérateurs. Ainsi, elle pourra déchiffrer les emojis, hashtags et autres formulations détournées qui pourraient échapper à la vigilance des adultes.
Une problématique sociétale complexe
En complément de cet outil numérique, le gouvernement sud-coréen envisage d’impliquer un réseau d’institutions, notamment les établissements scolaires, comme le souligne franceinfo. Les actions proposées comprennent :
- Une formation pour les enseignants et le personnel scolaire afin d’améliorer leur compréhension de certains comportements.
- La désignation d’un conseiller psychologique dans chaque école, qui pourra intervenir directement et fournir des soins sans avoir besoin de l’accord parental.
Ces mesures visent à faciliter l’accès aux soins psychologiques. « Au-delà de la problématique du suicide élevé, nous assistons à la triste image d’une société dont le système de protection sociale est fragile, mais qui accorde une importance capitale à la réussite, souvent mesurée à travers la richesse, affirme Soong-nang Jang, doyenne de l’école d’infirmières de l’université de Chung-Ang, dans une interview à la BBC. Avec un affaiblissement des liens familiaux et communautaires, les individus semblent combattre seuls pour réussir. »
Philippe Li, avocat à Séoul, a également abordé cette thématique lors d’un entretien avec France Culture, en notant que la société sud-coréenne reste profondément influencée par des valeurs confucianistes, principalement centrées sur le travail. Toutefois, il exprime un certain optimisme : « Un mouvement émergent se dessine, une volonté de vivre autrement et de manière plus épanouissante, observe-t-il. Les jeunes semblent aspirer à plus de temps libre et à davantage d’initiatives personnelles, loin des schémas de vie des générations précédentes. »

