Canicule : Impact méconnu de la chaleur sur la santé mentale et les antidépresseurs

La chaleur intense peut engendrer divers désagréments : fatigue, irritabilité, troubles du sommeil et anxiété. Ces épisodes de température élevée n’affectent pas seulement notre bien-être physique, mais peuvent également nuire à notre santé mentale. Des chercheurs de l’Université de Berkeley ont mis en lumière un lien entre la chaleur extrême et une augmentation des comportements violents. Leur étude révèle que les actes de violence, y compris les agressions et les violences domestiques, connaissent une hausse d’environ 4 % durant ces pics de chaleur.

Quand les températures élevées exacerbent les tensions

« Physiologiquement, en cas de forte chaleur, notre rythme cardiaque s’accélère, le pouls s’intensifie, la pression artérielle grimpe et le cortisol, lié au stress, monte en flèche, ce qui peut accroître notre irritabilité. Toutefois, chaque individu réagit différemment, et des recherches plus approfondies sont nécessaires », déclare Élodie Gratreau, doctorante en histoire et philosophie des techniques de soin en psychiatrie, au laboratoire Costech.

En effet, la chaleur représente un stress majeur pour le corps. La fatigue, l’inconfort physique et les troubles du sommeil peuvent nuire à notre capacité à gérer nos émotions, augmentant ainsi l’irritabilité. La spécialiste ajoute que l’anxiété ressentie lors des vagues de chaleur est souvent due à la perception d’un danger imminent pour le corps.

Les populations les plus exposées aux effets psychologiques de la chaleur

Certains groupes de personnes semblent particulièrement sensibles aux effets néfastes de la chaleur sur leur santé mentale. Cela inclut notamment ceux sous traitement psychotrope, tels que les antidépresseurs ou les anxiolytiques, qui peuvent perturber la régulation thermique et compliquer l’adaptation à des températures élevées.

D’après une étude britannique menée en 2019, les patients les plus vulnérables sont ceux souffrant de troubles de l’humeur, de stress ou ayant des antécédents d’utilisation de substances psychoactives.

La déshydratation et la fatigue : des alliées néfastes pour notre humeur

Au-delà de la chaleur, divers facteurs environnementaux peuvent influencer notre bien-être psychologique. Les jeunes exposés à une pollution atmosphérique élevée présentent un risque accru de développer des symptômes dépressifs durant l’adolescence. En effet, une exposition prolongée aux particules ultrafines entraîne des inflammations, parfois même au niveau du cerveau, contribuant ainsi à des troubles dépressifs.

Les chercheurs soulignent que la chaleur met le corps à rude épreuve : déshydratation, épuisement et nuits moins réparatrices exacerbent la nervosité et l’irritabilité. Parmi les signes de coup de chaleur, on observe souvent des comportements modifiés, tels que l’agitation ou l’agressivité.

Isolement, stress et précarité : des facteurs aggravants

La crise sanitaire a profondément transformé notre quotidien, avec des périodes de confinement qui ont amplifié certaines fragilités psychologiques. « Pendant un confinement mêlé d’incertitudes sur l’avenir, vivre des épisodes de chaleur devient particulièrement difficile, surtout en télétravail, à un moment où le burn-out guette », souligne Joseph Agostini, psychologue clinicien.

Les spécialistes insistent sur le fait que l’impact psychologique de la chaleur dépend aussi du contexte : isolement, précarité et surcharge de travail peuvent intensifier la détresse ressentie pendant les vagues de chaleur. Parmi les populations particulièrement touchées figurent les personnes âgées, souvent isolées et en proie à un sentiment de solitude et d’anxiété.

Une recrudescence des urgences psychiatriques

Une étude publiée en février 2022 dans le journal JAMA Psychiatry a révélé une relation entre les jours chauds et l’augmentation des consultations en urgences psychiatriques. L’analyse des dossiers médicaux de plusieurs millions d’Américains sur plus d’une décennie a montré une élévation moyenne de 8 % des admissions lors des journées plus chaudes que la normale.

Les vagues de chaleur peuvent ainsi provoquer une aggravation de certains troubles mentaux, tels que les problèmes d’humeur, l’anxiété, les addictions et même les comportements autodestructeurs.

L’éco-anxiété : un aspect méconnu des vagues de chaleur

L’éco-anxiété, terme issu de la combinaison « écologie » et « anxiété », a été défini en 1997 par la chercheuse Véronique Lapaige. Cette notion désigne une peur persistante liée à la dégradation de l’environnement. Pour beaucoup, les fortes chaleurs ne sont pas seulement une épreuve physique, mais elles réactivent des inquiétudes face au changement climatique. Cette façade de changement climatique peut induire des souffrances psychologiques, avec des manifestations telles que des phobies ou des angoisses sévères.

Le stress peut découler d’événements naturels traumatisants, tels que des inondations, ou de l’insécurité alimentaire, conséquences des bouleversements climatiques.

« Il est de plus en plus évident que le changement climatique impacte notre corps et notre mental », affirme le Dr Emma Lawrance de l’Imperial College de Londres.

« Bien que l’impact soit relativement modeste, il pose des défis majeurs pour la santé publique, car le changement climatique augmente le nombre de jours caniculaires. Les enfants nés aujourd’hui seront plus exposés à des vagues de chaleur répétées, jusqu’à sept fois plus que leurs aînés. » Ces épisodes de chaleur, plus fréquents et intenses, renforcent la prise de conscience des bouleversements climatiques en cours, suscitant un sentiment d’impuissance face à l’avenir.

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