« Une marque d’attention. » Le 2 juin dernier, le président de la République et la ministre des Sports ont effectué une visite à Clairefontaine pour échanger avec l’équipe nationale masculine de football. Marina Ferrari n’est pas arrivée les mains vides, comme l’indique Le Canard Enchaîné. Pour encourager les joueurs, elle a choisi de leur offrir des pierres. Elle a expliqué : « Le jaspe bleu apporte dynamisme et force pour atteindre ses objectifs. Le cristal de roche aide à réduire le stress et l’anxiété, booste la confiance en soi et peut soulager les douleurs musculaires. » Face à cette initiative, les athlètes ont semblé « troublés », tandis que le président affichait une expression « médusée » et « visiblement mécontent ». Mais est-ce réellement une idée si déconcertante ?
Un impact placebo remarquable
D’après un article de Science & Vie publié suite à une étude de 2025 dans la revue CNS Spectrums, les pierres ne possèdent pas de pouvoirs extraordinaires. Les résultats montrent que les cristaux, qu’ils soient authentiques ou non, n’influençaient l’anxiété que chez les participants qui croyaient réellement à l’effet des cristaux.
Aucune différence significative n’a été observée entre les groupes concernant les critères principaux, et les améliorations n’ont pas dépassé celles habituellement associées à l’effet placebo, concluent les chercheurs.
Il est donc probable que les joueurs peu convaincus ne ressentent pas d’impact sur leur performance, même s’ils suivent les recommandations de la ministre en plaçant ces pierres dans leurs chaussettes. Mais est-ce une raison suffisante pour éviter de leur faire ce cadeau ?
« D’un point de vue psychosomatique et en termes d’effet placebo, lorsque les individus y croient, cela peut réellement avoir un impact positif, ils peuvent véritablement se sentir mieux », indique Jean Claude Boulliard, chercheur à l’Institut de minéralogie, dans des propos rapportés par l’AFP et cités par Sciences et Avenir. Bien que les dangers liés aux croyances New Age ou aux dérives ésotériques de la lithothérapie puissent susciter des inquiétudes, dans le cas de l’équipe nationale, ce don ne devrait pas leur nuire.
La force des superstitions
Que l’on parle de pierres, de fer à cheval, de trèfle à quatre feuilles ou de tout autre talisman, ce geste peut agir comme un porte-bonheur et s’intégrer dans les superstitions qui animent les sportifs. Qui s’est penché sur le monde du hockey (et d’autres sports) sait combien ces croyances sont cruciales et peuvent influencer le succès d’une équipe. De manière scientifique, ces superstitions peuvent avoir des avantages.
Lysann Damisch, une chercheuse allemande, a mené des travaux approfondis sur ce sujet. Dans son étude de 2010 parue dans la revue Psychological Science, elle a réalisé plusieurs expériences afin d’évaluer l’impact des superstitions sur les performances. Les résultats ont montré que l’activation de croyances porte-bonheur, que ce soit par un dicton, un geste habituel ou un talisman, peut améliorer les performances au golf, dans la motricité fine, la mémoire et même dans des jeux d’anagrammes. D’après certaines expériences, la chercheuse a conclu que ces progrès sont dus à une modification de la perception de son efficacité personnelle. « Activer une superstition renforce la confiance des participants dans leur capacité à réussir les prochaines tâches, ce qui, en retour, optimise leurs performances », ajoute son équipe. Ces croyances augmentent également la persistance. Donc, si un jaspe bleu et un cristal de roche placés dans les chaussettes de nos joueurs peuvent accroître leurs chances de gagner le mondial… Pourquoi ne pas tenter le coup ?

